Brian Lee Crowley

Ottawa a du mal à reconnaître le fait qu’une grande partie de ses politiques est inspirée par la crainte du Québec

Les leaders des gouvernements de toutes les couleurs politiques à Ottawa ont allégrement sacrifié nombre des intérêts supérieurs du pays dans une vaine tentative d’acheter le respect et l’affection des Québécois. Hélas, on ne peut jamais acheter les émotions; au mieux, on peut les louer pour une courte période de temps. Mais les coûts de ces vaines tentatives peuvent s’avérer faramineux.

Le Canada atlantique en connaît un bout à ce sujet. Nous avons fini par être les objets de plaisanteries par tout le pays, un havre d’aide sociale caractérisé, selon les mots d’un leader politique national, par une ” culture de la défaite “. Et pourtant, avant la fin des années 1960, nous étions en train de réduire haut la main l’écart avec le reste du Canada au chapitre de la prospérité. Notre taux de chômage était constamment très près de la moyenne nationale. La croissance était forte. Et les transferts depuis Ottawa, la manifestation numérique de notre faiblesse, étaient relativement modestes.

Toutefois, vers la fin des années 1960, les dépenses d’Ottawa dans la région ont augmenté massivement, principalement par le truchement de l’assurance emploi, des budgets de développement régional et des transferts aux provinces. Ces initiatives se sont traduites par une énorme perturbation de l’économie de la région dont nous tentons encore de nous remettre.

Cette hausse colossale des dépenses n’avait rien à voir avec ” l’aide ” à apporter au Canada atlantique. Elle avait tout à voir avec la réaction contre la montée du mouvement souverainiste au Québec grâce à des programmes ” nationaux ” conçus pour favoriser la dépendance. Virtuellement tout ce qui a été compris dans la politique régionale depuis la fin des années 1960 n’était pas destiné au Canada atlantique; nous n’avons été que des dommages collatéraux.

Ottawa est engagé dans une guerre d’enchères avec le Québec pour s’attirer la loyauté des Québécois. Les deux protagonistes sont convaincus que si les émotions et les sentiments vont continuer à jouer leur rôle, l’intérêt personnel est cependant le lien le plus puissant entre les citoyens et le gouvernement. C’est ce qu’ils définissent comme la dépendance. Un citoyen qui dépend des avantages consentis par un gouvernement n’est pas susceptible de voter en faveur d’une renonciation à la compétence de ce gouvernement. D’où la croissance de l’assurance emploi, du développement régional, de la péréquation, des offices de commercialisation et de nombreux autres programmes.

De la même façon, Québec souhaitait démontrer qu’il était en mesure de combler tout vide créé par l’absence d’Ottawa. Il s’ensuit, par exemple, que le Québec consacre maintenant davantage en subventions aux entreprises que toutes les autres provinces réunies. D’une manière plus générale, les impôts prélevés par les gouvernements locaux et provincial du Québec sont beaucoup plus élevés que dans les autres provinces. L’an dernier, par exemple, les impôts locaux et provinciaux formaient 26,6 % du PIB de la province. Dans ma province, la Nouvelle-Écosse, cette proportion était de 22,9 % et elle était d’à peine 18,1 % en Alberta. Ces rentrées supplémentaires financent la machine québécoise de création de dépendance et les enchères se poursuivent aussi bien sous des gouvernements fédéralistes que souverainistes.

Ottawa a du mal à reconnaître le fait qu’une grande partie de ses politiques est inspirée par la crainte du Québec. Par conséquent, nombre de politiques poursuivent prétendument d’autres objectifs. Mais Ottawa dévoile ses véritables intentions par ses déplorables tactiques de défense. Ainsi, lorsque l’Ontario a commencé à faire du boucan à propos des sommes extraites de son économie chaque année par Ottawa pour les redistribuer aux autres provinces, on a délégué un ministre fédéral non pas pour défendre les initiatives de redistribution d’Ottawa, mais pour faire des remontrances à l’Ontario concernant la remise en question de cette politique. Le vérificateur général a demandé maintes fois, mais en vain, qu’on examine réellement l’efficacité des organismes de développement régional, comme l’Agence de promotion économique du Canada atlantique.

Nous ne pouvons donc pas discuter ouvertement de péréquation, de développement régional, d’assurance emploi ou de nombreux autres programmes, et les critiquer pour déterminer s’ils sont vraiment efficaces ou si, en fait, ils corrompent notre politique tout en nous embourbant dans la dépendance, en ruinant notre compétitivité et en faisant obstacle à nos efforts pour hausser notre productivité et, par conséquent, notre niveau de vie.

Lorsque l’on ne nous permet pas de demander si des programmes atteignent véritablement leur but parce que de telles questions pourraient compromettre l’avenir du pays, nous commençons à comprendre ce que Samuel Johnson voulait dire lorsqu’il a lancé: ” Le patriotisme est l’ultime refuge d’une crapule. ”

BrianLeeCrowley est président de l’Atlantic Institute for Market Studies, (BrianLeeCrowley@aims.ca), un groupe de réflexion sur la politique sociale et économique établi à Halifax.